Redevance WinDev : ce que le nouveau PC SOFT change pour votre logiciel métier
Jordan Van Walleghem
05/08/2026
windev
pc soft
logiciel métier
7 minutes
Si votre entreprise édite ou exploite un logiciel construit avec WinDev, WebDev ou WINDEV Mobile, l'été 2026 a probablement fait remonter le sujet jusqu'à votre bureau. Depuis juin, une nouvelle grille tarifaire de PC SOFT circule chez les développeurs, et elle ne concerne plus seulement l'outil de développement : elle toucherait les applications déjà livrées, en production chez vos clients.
Le marché a réagi immédiatement. Nous avons mesuré les volumes de recherche Google en France (données DataForSEO, Google Ads) : les requêtes sur « pc soft » sont passées d'environ 1 000 par mois à 2 900 en juin 2026, une hausse de 190 %. Les recherches « migration windev » ont été multipliées par cinq sur le même mois. Ce n'est pas un frémissement de forum, c'est un marché entier qui se pose la même question au même moment.
Cet article rassemble les faits vérifiables, source par source, puis déroule les trois options qui s'offrent à un décideur. Sans catastrophisme : une application qui tourne aujourd'hui tournera encore demain. Le sujet, c'est la trajectoire.
Vingt mois de bascule, dans l'ordre
Reprenons la chronologie, car tout ne s'est pas passé en juin 2026.
Novembre 2024 : le rachat. LeBonLogiciel le résume ainsi : « Novembre 2024, Volaris Group, une filiale du groupe canadien Constellation Software, coté à la Bourse de Toronto rachète PC Soft WinDev. » L'opération, portée par le véhicule Two Squared France II, n'est devenue publique qu'au printemps 2025. Constellation Software est un consolidateur : il achète des éditeurs installés, à clientèle captive, et en optimise les revenus. Le groupe avait déjà racheté 4D, un autre éditeur français à langage propriétaire.
2025 : la fin de la licence perpétuelle. Pendant près de quarante ans, on achetait WinDev une fois, dongle physique à l'appui, et on travaillait. Ce modèle a été remplacé par un abonnement annuel. Selon la même source, « l'abonnement annuel au tarif catalogue atteindrait 1 068 euros, contre 749 euros quelques mois avant le rachat de PC Soft. Une hausse d'environ 43 % ».
Juin 2026 : la redevance à la session. C'est le vrai point de bascule. Toujours d'après la presse spécialisée, « chaque fois qu'un utilisateur final lance une application Windev, cela déclencherait une "session" facturée séparément, au tarif catalogue de 290 € HT », applicable à partir de la version 2026. Des offres par paliers (Bronze à 5 sessions, jusqu'à Titanium à 100) sont décrites en détail par Louis Planquart. Dans les commentaires de Programmez, un développeur estime son surcoût potentiel à plus de 150 000 € par an.
Fin juin 2026 : la réponse politique. Une pétition circule, et deux questions écrites ont été déposées à l'Assemblée nationale. La question n°16261 de Philippe Latombe (23 juin 2026) demande comment ce dossier a pu échapper « à la vigilance du service de l'information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE) ». La question n°16481 (30 juin 2026) évoque des entreprises « certainement amenées à déposer le bilan » et rappelle l'ampleur du parc installé : « ministère de l'éducation nationale, les Hôpitaux de Paris, certaines CPAM, des entreprises travaillant dans le contrôle aérien, la défense ».
La vraie rupture : faire payer des gens qui n'ont rien signé
Une hausse de prix, même brutale, reste un événement commercial ordinaire. La redevance à la session est d'une autre nature : elle ferait payer les clients finaux des éditeurs, des structures qui n'ont jamais contracté avec PC SOFT et qui, pour la plupart, ignorent son existence.
C'est précisément ce point qui alimente le débat juridique. Le cabinet Haas Avocats, dans son analyse de la question parlementaire, identifie quatre fondements possibles, du déséquilibre significatif au contrôle des investissements étrangers, et juge le terrain de l'abus de position dominante (article 102 TFUE, article L. 420-2 du Code de commerce) le plus solide : le WLangage n'existant nulle part ailleurs, la clientèle est structurellement captive. Leur formule résume la bascule : « Ce qui était un achat devient un loyer. »
Le précédent qui vient à l'esprit est celui d'Unity : une Runtime Fee à l'installation annoncée en septembre 2023, puis annulée en septembre 2024 après le rejet massif de l'écosystème. Un retour en arrière est donc possible. Mais un décideur ne peut pas construire sa stratégie sur l'hypothèse qu'un fournisseur renoncera de lui-même à un revenu récurrent.
Un logiciel dont le coût d'exécution dépend d'un tiers n'est plus un actif, c'est un passif
Vos trois options, à froid
| Rester et négocier | Figer la version | Migrer progressivement | |
|---|---|---|---|
| Coût à 3 ans | Abonnements et redevances, en hausse, peu prévisibles | Faible à court terme, dette qui grossit | Investissement étalé, puis aucun coût d'exécution |
| Risque principal | La grille tarifaire d'un tiers | Obsolescence (sécurité, OS, recrutement) | Un chantier à piloter |
| Réversibilité | Faible | Faible, la fenêtre se referme | Totale, standards ouverts |
| Pertinent si | Contrat récent, peu de sessions déployées | Application en fin de vie programmée | Logiciel stratégique appelé à durer |
Option 1 : rester et négocier. Défendable si votre application est en fin de cycle ou si votre exposition est faible. Dans ce cas, faites-le sérieusement : auditez vos contrats et vos licences, documentez l'historique tarifaire, faites chiffrer chaque scénario par écrit. C'est aussi la matière qui servira si les recours collectifs évoqués par les juristes se concrétisent.
Option 2 : figer la version détenue. Les détenteurs de clés perpétuelles peuvent continuer à travailler sur leur version actuelle ; c'est le conseil qui circule sur les forums pour gagner du temps. C'est une vraie option de court terme, et une impasse de moyen terme : pas de correctifs, compatibilité OS qui s'érode, et un vivier de développeurs WinDev déjà en contraction.
Option 3 : migrer progressivement. Sortir la logique métier vers des technologies web ouvertes (TypeScript, React, PostgreSQL), sans licence d'exécution ni redevance possible, par construction. Le contre-argument classique, « on ne peut pas arrêter l'exploitation pour tout réécrire », tombe si la migration se fait module par module, l'application existante continuant de tourner pendant la transition. Nous avons détaillé cette méthode dans un article dédié.
Checklist : mesurez votre exposition cette semaine
- Type de licence détenue (perpétuelle avec clé, abonnement) et version exacte
- Nombre de sessions ou postes déployés chez vos clients finaux
- Clauses de vos propres contrats clients : qui absorberait une redevance d'exécution ?
- Échéances de renouvellement et préavis de résiliation
- Dépendance à HFSQL : volumétrie, exports possibles, qualité des données
- Existence d'un plan B documenté, même si vous choisissez de rester
Décider en 2026, pas subir en 2027
La situation de PC SOFT peut encore évoluer : réponse du gouvernement aux questions écrites, aménagements commerciaux, voire marche arrière à la Unity. Mais chaque trimestre d'attente réduit vos marges de manœuvre : les échéances d'abonnement tombent, les développeurs WLangage se raréfient, et la valeur de négociation d'un client sans plan B est nulle. La seule décision urgente n'est pas de migrer, c'est de savoir précisément ce que vous feriez s'il le fallait.
Chez Platane, agence IA native française, nous aidons les éditeurs et les PME à cartographier leur application WinDev, à chiffrer une trajectoire de sortie progressive et à la mener sans interrompre l'exploitation, avec un principe simple : votre prochain logiciel ne devra plus jamais dépendre de la grille tarifaire d'un tiers.
Sources
- LeBonLogiciel, « WinDev après le rachat de PC Soft »
- Louis Planquart, « WINDEV WEBDEV PC SOFT : la redevance runtime brise la confiance »
- Question écrite n°16261, Assemblée nationale, 23 juin 2026
- Question écrite n°16481, Assemblée nationale, 30 juin 2026
- Haas Avocats, « Licence perpétuelle, hausses tarifaires, redevance imposée »
- Programmez, « PC Soft : après le rachat, une grogne des développeurs WinDev ? »
- Unity, « Unity is Canceling the Runtime Fee », septembre 2024
- Sealog, « Nouvelle tarification PCSOFT juin 2026 »
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